Ce qui fatigue n'est pas la vie, mais la résistance
Ce qui fatigue n'est pas la vie. C'est la résistance.
La fatigue est souvent attribuée au rythme, aux responsabilités, à la densité des situations. On parle d'un monde trop rapide, trop exigeant, trop complexe. Pourtant, à y regarder de plus près, la lassitude la plus profonde n'apparaît pas lorsque la vie est intense, mais lorsque quelque chose en nous s'y oppose.
La résistance prend des formes multiples. Elle peut être visible, lorsqu'on lutte contre une situation que l'on refuse. Elle peut être plus subtile, lorsqu'on accepte extérieurement tout en se contractant intérieurement. Dans les deux cas, l'énergie se disperse.
Dans l'expérience directe, la vie circule. Elle se transforme, s'ajuste, se déplace. Elle ne se bloque pas d'elle‑même. Ce sont les interprétations, les attentes rigides et les comparaisons incessantes qui introduisent des points de friction.
Résister, ce n'est pas agir. Résister, c'est maintenir une tension contre ce qui est déjà en mouvement. Cette tension consomme de l'énergie sans produire d'ajustement réel.
Lorsque la résistance se relâche, la fatigue change de nature. Elle peut toujours être présente — le corps a ses limites, l'attention ses seuils — mais elle n'est plus lourde. Elle devient un signal, non un poids.
Ce relâchement n'est pas un renoncement. Il ne consiste pas à tout accepter indistinctement. Il s'agit plutôt de reconnaître ce qui, dans une situation, demande une réponse, et ce qui, en revanche, est entretenu par une opposition intérieure inutile.
Dans cet espace, l'action retrouve de la précision. Elle cesse de se battre contre le réel pour s'inscrire dans son mouvement. L'effort devient ciblé. L'énergie se concentre.
Beaucoup d'épuisements persistants trouvent leur origine ici : non dans l'intensité de la vie, mais dans la multiplication de micro‑résistances jamais reconnues. Des résistances à ce qui est, à ce qui a été dit, à ce qui ne correspond pas aux attentes.
Observer la fatigue sous cet angle ouvre une possibilité nouvelle. Plutôt que de chercher à augmenter indéfiniment ses ressources, il devient possible d'identifier ce qui, dans le regard porté sur la situation, maintient une opposition.
Lorsque cette opposition se dissout, quelque chose se simplifie. Le mouvement redevient fluide. La vie cesse d'être vécue comme un combat permanent.
Ce qui reste alors n'est pas une absence d'effort, mais un effort juste. Un effort qui n'épuise pas, parce qu'il n'est plus dirigé contre la réalité.
Lorsque tout est accordé, l'énergie ne s'échappe plus dans la résistance. Elle se rend disponible pour l'ajustement.