Ce qui est là n'attend rien pour être
Ce qui est là n'attend rien pour être.
Cette formule peut sembler évidente. Pourtant, une grande partie de nos efforts consiste à vouloir que ce qui est devienne autre chose avant de le reconnaître pleinement.
Nous attendons que les conditions s'améliorent. Nous espérons que les personnes changent. Nous repoussons l'attention à plus tard, lorsque le moment sera « meilleur ». Ce faisant, nous plaçons la réalité en sursis.
Le réel, lui, ne se met pas en attente. Il ne demande aucune permission pour exister. Une sensation est là, qu'elle soit agréable ou non. Une relation se manifeste, qu'elle soit fluide ou tendue. Un événement se produit, qu'il corresponde ou non aux attentes.
Reconnaître ce qui est là sans attendre qu'il devienne autre chose n'est pas une forme de résignation. C'est une forme d'attention. Une attention qui ne filtre pas, qui ne corrige pas, qui ne projette pas.
Lorsque cette attention s'installe, quelque chose de remarquable se produit : le réel devient lisible. Non pas parce qu'il change, mais parce que le regard cesse de le déformer.
Dans cette lisibilité, l'action trouve une base stable. Elle ne part plus d'un manque imaginé, mais d'une situation reconnue. Elle ne cherche plus à réparer ce qui n'est pas cassé, mais à ajuster ce qui demande un mouvement.
Ce déplacement est subtil. Il ne repose sur aucune technique. Il s'opère lorsque l'on cesse de conditionner la reconnaissance à l'approbation.
Ce qui est là n'a pas besoin d'être validé pour être réel. Il n'a pas besoin d'être aimé pour être vu. Il n'a pas besoin d'être compris pour être présent.
Lorsque cette évidence est intégrée, la relation au monde se simplifie. Le besoin de contrôle permanent s'apaise. L'urgence de tout transformer immédiatement perd de son intensité.
Ce qui reste n'est pas l'immobilité, mais une forme d'action plus sobre. Une action qui ne lutte pas contre la réalité, mais qui s'inscrit dans son mouvement.
Lorsque tout est accordé, ce qui est là peut enfin être regardé. Et depuis ce regard, la vérité circule.